Pour mes fans 😉 : deuxième toile 53*80 acrylique . Rassurez-vous ! je n’irai pas risquer des tomates en la présentant à une exposition 😉 Par contre, elle me parle beaucoup.
En la peignant -ce qui n’était pas facile et m’a pris du temps car jusqu’à présent je n’ai peint que sur du papier- j’ai beaucoup pensé au Ramadan à l’Iran à Israël et aux peintres catholiques du Moyen-Age. Qu’est-ce que la ‘naïveté’ ? Cette peinture est-elle naïve ?
Felix Vallotton un bon peintre et graveur suisse mort en 1925 écrit en 1905 :’Je ne crois pas que l’art prenne jamais des directions nouvelles, ses fins étant immuables, perpétuelles et depuis toujours……le tumulte de procédés et de méthodes.. ne doit pas induire cette pensée qu’en art quelque chose meure ni que quelque chose naisse ..’
Nihil novum in arte sub sole donc 😉 Nihil novum tout court : pour preuve, ces 2 gravures de Vallotton datant de 1905
Indépendamment d’une déprime bien compréhensible , cela ne vous donne pas envie d’aller voir ce que peignait et gravait Vallotton ? 😉
Il y avait apparemment une grosse exposition en Suisse (Lausanne ) mais elle est terminée (octobre 2025). Je regrette de l’avoir ratée.
Qui est Samantha Harvey ? C’est l’auteur de Orbital (Booker Prize 2024) , traduit chez Flammarion par Orbital : une journée, 16 aurores
C’est le livre que je lis en ce moment (d’où cette ‘Peinture (?)’ ) et qui se révèle un antidote que je ne saurais trop conseiller en ces temps d’horreur humaine.
Pour vous donner envie il est court -144 pages – et voici ce qu’en dit Wikipedia : ‘ Le roman suit six astronautes fictifs pendant 24 heures sur une station spatiale en orbite’
Cela s’appelle prendre de la hauteur 😉
PS : en des temps plus paisibles, j’aurais donné à ma production un autre titre : ‘Morves d’azur’ en hommage au Bateau Ivre qui , lui aussi, fait un bien fou (au sens le plus littéral du mot). C’est pour cela que je vous le copie : 110 vers écrits en 1870 par un gamin (?) de 16 ans.
Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », Poésies, 1870 – Texte
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs ; Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J’étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées, Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées, N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes, Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots.
Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures, L’eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le poème De la mer, infusé d’astres, et latescent, Dévorant les azurs verts où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend,
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l’amour.
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes, Et les ressacs, et les courants, je sais le soir, L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes, Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir.
J’ai vu le soleil bas taché d’horreurs mystiques Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très antiques, Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ;
J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur, La circulation des sèves inouïes Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.
J’ai suivi des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l’assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le muffle aux Océans poussifs ;
J’ai heurté, savez-vous ? d’incroyables Florides, Mêlant aux fleurs des yeux de panthères, aux peaux D’hommes, des arcs-en-ciel tendus comme des brides, Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux ;
J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan, Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises. Echouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient des arbres tordus, avec de noirs parfums.
J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants. Des écumes de fleurs ont béni mes dérades Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux,
Presqu’île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds, Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons.
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau,
Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d’azur,
Qui courais taché de lunules électriques, Plante folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les Juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs,
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l’Europe aux anciens parapets.
J’ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : — Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles, Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?
Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes, Toute lune est atroce et tout soleil amer. L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes. Oh ! que ma quille éclate ! Oh ! que j’aille à la mer !
Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache Noire et froide où, vers le crépuscule embaumé, Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons !
Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », Poésies, 1870.
Maintenant vous l’avez deviné ! Ma prochaine ‘vraie’ peinture utilise le bleu et ce rouge ocre 😉
Bon ! elle aussi a été peinte aujourd’hui 1 mars 2026 mais qu’y faire ?
En grand sur écran d’ordi, elle est, comme toutes mes peintures, vraisemblablement plus impressionnante que sur vos smartphones (format A3)
Pour ceux qui n’ont pas la ref (;-), le titre renvoie à une chanson des Inconnus Isabelle a les yeux bleus, les yeux bleus Isabelle a!
Bien amicalement à toutes et tous !
SL
PS : petite pensée pour tous les peintres qu’ Enver Hodja a envoyés aux travaux forcés parce que leurs sujets ou leurs couleurs n’étaient pas assez ‘gais’ . Ce n’est donc pas un hasard si son ex-palais à Tirana va être transformé en résidence d’artistes.
Elle n’a pas de nom. Elle est née aujourd’hui 1 mars 2026 -un peu sanguinolente mais c’est normal : il y a des bombinettes un peu partout et il parait que cela travaille le subconscient .